Nous vous livrons notre avis détaillé sur les épisodes de « The Imagineering Story », disponible dès à présent sur la plateforme Disney+ !

Hit OR Miss (61mn)

Réalisé par Leslie Iwerks / Sortie : 29 novembre 2019

Encore une fois, le titre de l’épisode résume à merveille son contenu, puisque l’épisode 4 explore une ère ayant soufflé le chaud et le froid au sein de Walt Disney Imagineering.

En début d’épisode, Joe Rohde théorise les clés du succès d’un projet comme un phénomène difficilement mesurable et ne tenant qu’à très peu de choses. Chaque choix pris peut décevoir, mais une chose est sûre : le dernier mot revient toujours au public !

L’année 1994 apparaît comme une année charnière, et particulièrement difficile : alors qu’Euro Disneyland continue d’aligner les chiffres déficitaires, The Walt Disney Company perd subitement Franck Wells, son directeur des opérations et véritable stratège. Pour ne rien arranger : Michael Eisner subit une opération à la suite d’une crise cardiaque, très certainement lié à un surmenage professionnel et au stress permanent. 

Différents hommes d’affaires reprennent la main sur les opérations et les Imagineers vont alors être missionnés de concevoir différents nouveaux projets de divertissement (Disney Quests, ESPNZone) ou immobiliers. Par exemples : réinventer le studio d’ABC (fraichement racheté pour 19 milliards de dollars) sur Times Square, ou encore rénover le stade de l’équipe de base-ball « Anaheims Angels ».

Les créatifs trouvent leur exode dans un nouveau projet ambitieux : le lancement de la « Disney Cruise Line ». Un concours public est lancé pour trouver le design unique du bateau, mais parmi les 40 projets reçus, aucun ne trouve grâce aux yeux d’Eisner (les qualifiant même « d’affreux »).

Au final, le travail de Njål Eide, pointure dans l’industrie navale, sera retenu par Wing Chao (en charge du projet chez Walt Disney Imagineering) et les bâteaux Disney Magic et Disney Wonder auront donc des inspirations « romantisme / Art Deco ». Tout le design des bateaux se base sur une sorte d’équilibre, renforçant l’aérodynamisme (nécessitant même l’ajout d’une fausse cheminée) et bien évidemment… les couleurs de Mickey !

Outre l’aspect visuel, un autre défi se pose : être concurrentiel sur le marché, sans proposer de concept de casinos et en restant bien évidemment adapté aux familles. Pour y parvenir, la société ne lésinera pas sur les moyens pour proposer une offre de divertissement sans précédent, avec notamment la construction d’une salle de spectacles de 900 places, sans colonne et comprenant une scène d’une hauteur de cinq ponts. Le succès de la Disney Cruise Line fût immédiat avec une rentabilité dès les premières années d’exploitation.

Côté Parcs à Thèmes, un projet va mettre l’opinion publique en émoi : Disney’s America. Le concept ? Retracer l’Histoire des Etats-Unis de manière ludique, avec par exemple un roller-coaster sur ‘World War 2’ ou un train de la mine sur la révolution industrielle.

La thématique controversée et l’emplacement (à 75km à l’Est de Washington) vu comme une « profanation des terres de la Guerre Civile » vont mettre un définitif au développement.

L’épisode passe à un autre projet… et à une autre controverse : celle concernant un Parc à Thèmes ayant pour thème les animaux, dont Joe Rohde sera en charge.

Tout part d’une réflexion de Michael Eisner : « We have the Magic Kingdom… we should have the Animal Kingdom!”. Mais la ligne directrice est claire : il ne s’agira pas d’un ZOO.

Les Imagineers Disney se posent alors des questions fondamentales : qu’évoquent les animaux ? qu’évoque Disney ? Où les deux univers s’entrecroisent ?

Pour s’assurer du bien être des animaux, des consultants externes tels que Rick Barongi ou la célèbre Jane Goodall apporteront de précieux conseils et mettront toute leur expertise au service de Walt Disney Imagineering.

Comme aux prémices de Disneyland, l’importance est de créer une ambiance grâce à la végétation donnant une impression d’espaces ouverts et d’immensité. Pour se faire, Paul Comstock a appliqué les conseils de son mentor… un certain Bill Evans ! Les parcelles réservées aux animaux reproduisent le plus fidèlement les habitats naturels, offrant gouffres, marécages et autres pâturages. Et pour assurer le spectacle pour les visiteurs, les enclos seront particulièrement travaillés, avec des mangeoires bien cachés et un jeu avec la perspective.

L’immersion de Disney’s Animal Kingdom se joue avant tout sur son authenticité : c’est l’aboutissement d’années de recherches et de centaines de voyages. Mieux, sur le chantier, les Imagineers sont épaulés par des chaumiers d’Afrique du Sud et autres sculpteurs indonésiens !

Disney’s Animal Kingdom ouvra ses portes le 22 avril 1998, date symbolisée par le « Earth Day ».

De l’autre côté du globe, The Oriental Land Company commande un nouveau Parc Disney, 10 ans après le succès de Tokyo Disneyland : Tokyo Disney Sea !

Les Imagineers Disney conçoivent alors un univers totalement inédit ayant pour élément central un immense volcan abritant 2 attractions : ‘20,000 Leagues Under the Sea’ et ‘Journey to the Center of the Earth’. Un Parc rendant hommages aux 7 Mers et Océans de la planète, qui est encore aujourd’hui qualifié de chef d’œuvre absolu de Walt Disney Imagineering.

La problématique est différente en Californie, où la direction souhaite établir une véritable destination de vacances, à l’image de Walt Disney World Resort. Mais la situation est complètement différente : ici, pas d’immenses terrains, et des enjeux politiques ainsi que des problèmes de logements qui rendent chaque manœuvre difficile.

Tony Baxter propose alors une version californienne d’Epcot : Westcot Center, comprenant 7 zones thématiques. Des hôtels immersifs, rendant hommage à l’Asie, l’Europe ou l’Afrique étaient même imaginés pour offrir un dépaysement total. Si le projet a particulièrement plu à la direction, il a en revanche un peu moins eu les faveurs du service finances… Westcot Center restera à jamais comme la plus grande déception de la carrière de Tony Baxter, et on aurait aimé voir l’épisode s’attarder un peu plus longtemps dessus.

C’est finalement Disney California Adventure qui ouvrira ses portes quelques années plus tard, proposant initialement une vision modernisée du « California Dream » reflétant aussi bien le rêve Hollywoodien que les atouts naturels de l’Etat.

La zone « Paradise Pier » s’avèrera même être la madeleine de Proust de Michael Eisner, lui rappelant le parc d’attraction de Coney Island qu’il fréquentait durant sa jeunesse.

Mais très vite, le développement de ce Parc va s’avérer plus délicat que prévu : les Imagineers Disney devront composer avec le facteur « temps », puisque comme le dit si bien le saint patron de l’époque : « Time is Money ».

Ce dernier estimera que les limites (de temps et de budget) ne représentent pas forcément un frein à la créativité, et qu’au contraire elles permettent plus d’inventivité et d’efficacité.

Toujours est-il que le projet deviendra vite risqué et trop conceptuel pour être apprécié à sa juste valeur. Le résultat est sans appel : pour la première fois, les visiteurs découvrent un Parc Disney où ils ne sont pas coupés du monde extérieur et où des incohérences visuelles (mauvaise illusion d’échelle du Golden Bridge, lettres géantes « CALIFORNIE…) peuplent le paysage de ce qui se rapproche plus d’un centre commercial que d’un Parc Disney.

Souffrant de sa comparaison avec Tokyo Disney Sea, ouvrant la même année et ayant eu bien plus de temps et un budget conséquent, Disney California Adventure va devenir le symbole de la perte de communication entre les Imagineers Disney.

L’exemple le plus criant de cet échec créatif est sans nul doute Superstar Limo, jugée par de nombreux fans comme la « pire attraction jamais créée dans un Parc Disney ». L’idée ? Devenir un paparazzi et partir à la course aux photos volées de célébrités… sauf qu’entre temps, une certaine Lady Diana meurt dans un terrible accident, obligeant les Imagineers à revoir leur copie, pour le meilleur (et surtout le pire).

Malgré tout, Disney California Adventure peut se targuer d’avoir été le premier Parc Disney à accueillir un véritable classique : Soarin’ Over California. Derrière cette technologie de pointe et cette expérience unique, un homme : Mark Summer ayant trouvé l’inspiration en jouant avec des jouets de construction par une après-midi pluvieuse. Des tests seront effectués sur le système de Star Tours, et le concept bien répandu des « Flying Theaters » sera à mettre au crédit de Walt Disney Imagineering.

À son ouverture, Disney California Adventure sera fraîchement accueilli et une phrase de John Hench (véritable légende de Walt Disney Imagineering) aura une tournure de phrase aussi cinglante qu’adaptée : « je préfère le vieux parking… ».

Il faut dire qu’en 2001, les visiteurs découvrent un tout petit parc, affichant le même tarif que le Disneyland Park pour 3 fois moins d’attractions et une présence plus discrète des Personnages et univers Disney. Les premiers mois, les temps d’attente ne passeront pas les 15 minutes de moyenne, malgré des attractions de bonne facture. 

La peur de l’avion post-11 septembre 2001 n’arrangera rien aux affaires, et les finances des Parcs Disney devinrent alors moroses.

Outre-Atlantique, un 2ème parc est construit à Disneyland Paris pour respecter les termes de la convention liant The Walt Disney Company à l’Etat Français. Un seul mot d’ordre pour la construction du Parc Walt Disney Studios : faire le plus vite, et le moins cher possible ! Résultat : le plus petit Parc Disney (et le moins fréquenté) ouvre ses portes le 16 mars 2002. Le succès ne fût pas au rendez-vous (baisse de 17% des fréquentations) et les visiteurs ne trouvèrent la promesse d’un « Studio » seulement dans le nom à la vue de ces tas d’entrepôts.

Cette fois-ci la réputation de Walt Disney Imagineering est entachée et l’entreprise voit de nombreux créateurs de talent claquer la porte.

Autre projet abordé dans cet épisode : Hong Kong Disneyland. Avec l’indépendance d’Hong-Kong en 1997, The Walt Disney Company saisit l’opportunité de toucher un nouveau marché. Mais un challenge de taille s’implique : la ville est particulièrement dense et aucun terrain plat et accessible par route et métro ne semble se présenter.

L’entreprise jette son dévolu sur l’île de Lantau reliée par ponts à Hong-Kong et sur… une immense parcelle d’eau, qui sera en quelques années recouverte de tonnes de sable.

L’épisode insiste sur le fait qu’Hong Kong Disneyland peut tout à fait être vu comme un simple cas d’étude pour mieux investir sur le marché chinois.

Les coûts budgétaires sont réduits au maximum, et sacrilège : une embauche de château « plat » dans l’esprit de la façade d’it’s a small world est même discutée, sans rivière, ni fleurs, ni grands paysages verts…

Pour adapter au maximum son produit résolument occidental, The Walt Disney Company fait appel à Wing Chao (maitre Feng Shui) pour les différents emplacements du Parc. Son entrée se verra alors déplacée de 12° pour augmenter son énergie positive. Finalement, l’eau est rajoutée, signe de terres fertiles.

Tout sera fait pour que la culture chinoise soit respectée au maximum : des menus des restaurants mettant à l’honneur la cuisine locale aux panneaux d’information déclinés en 3 langues. 

En septembre 2005, lors de l’inauguration officielle, un terrible incident va replonger les Imagineers 50 ans plus tôt : l’asphalte du Parc ne résistera pas aux fortes chaleurs et les bancs s’enfonceront dans le sol…

Les visiteurs découvrent un petit parc trop concentré sur les jeunes enfants, avec seulement une seule attraction à sensations fortes (Space Mountain, où les visiteurs chinois ne rentraient même pas, par méconnaissance) et dont ils font le tour en seulement quelques heures.

Encore une fois, le travail des Imagineers Disney passera complètement inaperçu et les petits détails ne seront pas appréciés par les visiteurs.

Encore un autre exemple de ces modèles de « petits Parcs Disney à petits prix » qui s’avère être un 3ème échec consécutif après Disney California Adventure et le Parc Walt Disney Studios. Pas étonnant en 2020 de retrouver ces 3 destinations réimaginées à coups de plan d’expansion de plusieurs milliards de dollars.

Roy E. Disney se retirera du conseil d’Administration, laissant les actionnaires évincer Michael Eisner. Même si la fin de son mandat a soufflé le chaud et le froid, ce dernier aura notamment vu se lancer la Disney Cruise Line, mais également s’ouvrir 7 Parcs Disney et aura fait multiplier la valeur en bourse de Disney par 30 !

En guise d’ultime clin d’œil, Michael Eisner conclura sa lettre de démission par un mythique « I’m going to Disneyland ! ».

L’épisode se referme sur une réflexion autour de la relation frustrante, mais pourtant importante, entre les Imagineers Disney et les financiers : la créativité ne va pas de paire avec la théorie commerciale sur l’efficacité… 


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