Jungle Cruise, Carnaval Festival, Splash Mountain… Autant d’attractions qui ont ou s’apprêtent à changer pour mieux refléter le monde d’aujourd’hui ! Tour d’horizon de l’impact positif de l’inclusion qui transforme actuellement le paysage des Parcs à Thèmes…

« To all who come to this Happy Place, Welcome », une phrase de Walt Disney lourde de sens et sans cesse reprise depuis 1955. Faire que chacun se sente accueilli dans les Parcs en étant tel qu’il est, un précepte présent depuis le tout début qui souligne déjà les prémices des thématiques entourant la diversité et l’inclusion.

Aujourd’hui, c’est un enjeu majeur pour nos sociétés modernes qui reconnaissent la diversité mais ont encore du mal parfois à la valoriser. « La diversité est un fait, mais l’inclusion est un choix.»¹ Un choix auquel les Parcs à Thèmes répondent de plus en plus favorablement en créant des comités dédiés pour continuer d’instaurer cette culture inclusive, une culture qui valorise chaque personne peu importe son origine, son genre, son orientation sexuelle ou encore son handicap.

Depuis plusieurs mois, les annonces se sont accélérées en matière de changements visant à rendre les attractions plus inclusives à l’égard de leurs visiteurs et de leurs employés. Il faut dire que les évènements tragiques qui ont conduit au mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis l’année dernière ont remis en lumière des problématiques sérieuses en termes d’inégalités. Ces discriminations ont poussé nombre d’entreprises à réagir et à se positionner, le silence étant désormais synonyme de complicité.

Jusqu’à présent les politiques de diversité et d’inclusion des marques se limitaient ben souvent à des « problématiques » de Ressources Humaines. Les produits ou les services vendus n’étaient alors que peu souvent remis en question malgré les potentiels stéréotypes véhiculés par ces derniers. La représentation, quand elle est juste, est pourtant un levier de poids pour déconstruire les idées reçues et permettre à une communauté d’être exposée de manière positive. En somme, une manière d’être authentique pour mieux dépasser les préjugés et valoriser la différence.

Mieux représenter la diversité multiculturelle

Jungle Cruise (Disneyland et Walt Disney World)

Jungle Cruise fait assurément partie de ces rides qui n’ont jamais cessé d’évoluer avec leur temps tout en conservant leur esprit d’origine. Pour que ce dernier perdure dans la décennie à venir, Walt Disney Imagineering a annoncé une mise à jour de grande ampleur incluant une storyline inédite. Les Skippers, figures centrales de l’expérience, auront un rôle majeur et se verront dédiés un Audio-Animatronic pour l’occasion. L’histoire permettra ainsi de découvrir ce qui est advenu d’une précédente expédition en jungle qui aurait mal tourné… Ces aventuriers peu fortunés sont venus des 4 coins du monde pour se retrouver nez à corne avec un rhinocéros. Un update qui apporte donc une multiculturalité nouvelle et qui en profite aussi pour se séparer de la représentation datée des indigènes et de Trader Sam.

Des stéréotypes qui restent néanmoins encore présents dans certains rides iconiques de Disneyland et qui devraient peu à peu disparaître. Pour preuve, la représentation des amérindiens dans Peter Pan vaut désormais au film un message d’avertissement sur Disney+. L’attraction pourrait sous peu recevoir de nouvelles modifications en conséquence.

 

Seuss Landing (Universal’s Islands of Adventure)

Universal est également confronté à ces problématiques mais son histoire étant davantage plus récente dans ce business, les changements semblent déjà moins conséquents. En mars 2021, Dr Seuss Enterprises, l’entreprise qui gère les droits d’auteur du célèbre conteur américain, annonçait l’arrêt d’impression de 6 ouvrages considérés comme offensants, décrivant des ethnies de manière fausse et blessante.

Parmi les titres impliqués, 2 disposent de références au sein du land Seuss Landing à Universal Orlando Resort :

  • If I Ran the Zoo est ainsi le thème d’une aire de jeu. Cette dernière ne contient pour autant aucune référence au portrait des personnes originaires d’Afrique dépeints dans le livre.
  • Mulberry Street Store est tiré du livre “And to Think That I Saw It on Mulberry Street” qui véhicule des clichés sur la communauté asiatique.

Universal s’est empressé de réagir sur le sujet : « Seuss Landing continue d’être très populaire auprès de nos visiteurs et nous apprécions notre relation avec Seuss Enterprises. Nous avons retiré les livres de nos rayons comme il nous l’a été demandé et nous allons également évaluer notre offre dans le parc. Nos visiteurs pourront continuer à profiter de leurs expériences préférées à Seuss Landing en attendant ». Aucune action n’a pour le moment été prise mais la question est donc étudiée avec le plus grand sérieux.

 

Princesse Tiana à Splash Mountain (Disneyland et Walt Disney World)

72 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour voire une Princesse afro-américaine dans le canon Disney. Auparavant, Jasmine, Mulan et Pocahontas avaient ouvert la voie à cette diversité ethnique. Mais aucune d’elle n’avait pu bénéficier de son propre dark-ride majeur dans un Parc Disney. Jusqu’à aujourd’hui. Avec l’arrivée de Tiana à Splash Mountain, le seul film d’animation Disney ayant un casting majoritairement noir prend ainsi la place du film Disney le plus controversé en matière de représentation raciale. Tout un symbole. 

Une annonce sur laquelle nous sommes largement revenu au travers de cet article.

 

Carnaval Festival et Monsieur Cannibale (Efteling)

L’un propose un voyage autour du monde dans un style très forain, l’autre est un manège de type tasses version chaudrons pour indigènes cannibales. L’un a subi des corrections, l’autre est toujours en l’état.

En 2019, le parc néerlandais a entrepris un grand chantier de rénovation de Carnaval Festival, l’un de ses dark rides emblématiques. Loin de se contenter d’un simple coup de peinture, le chantier à hauteur de 3 millions d’euros avait surtout pour but de supprimer les stéréotypes raciaux. Les poupées représentant les personnes originaires d’Asie de l’Est ont ainsi été remplacées. De même que pour les automates du continent africain qui arboraient cheveux crépus et anneaux pendus au nez.

Pour ce qui est de Monsieur Cannibale, la problématique est toujours d’actualité. Même si le parc avait indiqué en 2019 qu’il envisagerait de moderniser le manège lors d’une prochaine maintenance, rien à été fait à ce jour.

Photo : @jeroen_twee

Favoriser l’accessibilité des personnes en situation de handicap

Divertir en Langue des Signes (Disneyland Paris)

En 2018, Disneyland Paris lançait une initiative inédite dans ses parcs : incorporer une version en langue des signes française (LSF) de ses spectacles phares. 2 ans de travail auront été nécessaires pour adapter l’histoire de Mickey et le Magicien en partenariat avec deux coachs LSF bilingues et deux interprètes spécialisés dans le spectacle. Intégrer un comédien sourd signant en LSF, une première européenne au sein d’un parc à thèmes qui a été couronnée de succès à tel point que l’engagement a été répété en chansigne sur le show phare de l’été 2020 : Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre.

 

Voir à travers le regard de l’autre (Futuroscope)

Avec son Parcours intitulé Les Yeux Grands Fermés, le Parc de la Vienne propose aux visiteurs de vivre et de mieux appréhender les difficultés des non-voyants. Plongé dans l’obscurité la plus totale, chaque groupe de visiteurs est appelé à s’en remettre aux autres sens que sont le toucher, l’odorat et l’audition. Outre son aspect pédagogique auprès du public, l’expérience permet aussi d’insérer professionnellement des personnes elles-mêmes atteintes de malvoyance. Enfin, une participation est demandée à l’entrée, les bénéfices servant à financer des équipements pour les personnes déficientes visuelles.

 

S’ouvrir aux visiteurs atteints de troubles autistiques (Sesame Place)

Situé en Pennsylvannie, le Parc Sesame Place a fait la une en avril 2018 en étant le premier parc au monde certifié comme Centre d’Accueil pour Personnes Autistes. Un label qui récompense ainsi les efforts fournis par la direction et les moyens mis en œuvre pour obtenir ce résultat. Tout le personnel a ainsi suivi une formation pour prendre en charge les enfants nécessitant des besoins adaptés et mieux y réagir. Des espaces silencieux ont été aménagés pour permettre aux familles de se reposer à l’abri du bruit et de la foule. De même pour les spectacles et parades où des zones garanties sans interaction avec les personnages sont proposées afin de rassurer les plus jeunes.

Un engagement du Parc qui est dans la continuité de l’univers duquel il s’inspire, Sesame Street ayant accueilli dans ses rangs le personnage de Julia, une jeune fille autiste de 4 ans. Une manière de renforcer les valeurs positives qui sont au cœur de la série depuis ses débuts en 1969 et toujours autant d’actualité.

 

Des expériences plus accessibles (Efteling)

Droomvlucht est une attraction phare du Parc néerlandais depuis son ouverture en 2001. Des millions de visiteurs se sont laissés emportés au pays des rêves. Pourtant, tous ne pouvaient prendre part en voyage. Jusqu’en 2018 où Efteling a inauguré une version virtuelle de l’expérience pour les visiteurs en situation de handicap physique. Grâce à des casques VR, ces derniers peuvent désormais prendre part à la balade lyrique. Odeurs, musiques, vent, tout est récrée dans le moindre détail ! D’autant que les visiteurs avec casques VR sont reliés à leur groupe dans l’attraction physique par un système audio, afin qu’ils puissent vivre ensemble cette attraction enchanteresse.

En 2021, le parc poursuit ses efforts avec l’inauguration de Nest!, une aire de jeux conçue de manière inclusive avec notamment des activités accessibles aux personnes en fauteuil roulant et qui plongera les familles au cœur d’une forêt enchantée.

 

 

Renforcer l’inclusion et l’égalité des genres

Pirates of the Caribbean et sa vente aux enchères réinventée (Disneyland, Walt Disney World et Disneyland Paris)

Déjà en 1967, Walt Disney émettait quelques doutes sur la scène devenue iconique comme se rappelle l’Imagineer Claude Coats « Il est venu une fois et a demandé « Tout ira bien, n’est-ce pas ? » Il avait quelques doutes sur le fait de mettre aux enchères des femmes. Est-ce que c’était « Disney » ou pas ? ». 50 ans plus tard, la question a trouvé sa réponse. Après avoir tenu un rôle précaire de femme fatale, victime et soumise aux requêtes de pirates peu fréquentables, La Rouquine s’est rebellée et s’est offert un nouveau rôle bien plus à son avantage. Devenue chef de file des corsaires, elle participe à la nouvelle vente aux enchères où le trafic de femmes a laissé place aux bijoux et autres richesses. Une fois sortie de l’attraction, « Redd » déambule désormais dans les allées du land New Orleans Square, profitant des interactions avec les visiteurs au même titre que d’autres personnages féminins forts comme Merida ou Vaiana.

Un changement positif pour inspirer les futures générations de petites filles à prendre le pouvoir et à mener leurs vies comme elles l’entendent. Seule la version située à Tokyo Disneyland fait pour l’instant figure d’exception quant à ce changement. Mais d’autres initiatives sont prises par le Resort…

Accueillir au sens large du terme (Tokyo Disneyland et Tokyo DisneySea)

« Welcome Everyone » (Bienvenue à tous). C’est avec ces mots que les visiteurs sont désormais accueillis au sein du Resort Japonais depuis le 18 mars. Les annonces audio ont ainsi été modifiées pour supprimer la mention « Ladies and Gentleman, boys and girls » et ainsi promouvoir l’inclusion des genres. Ce changement de discours est actuellement en phase de déploiement dans toutes les annonces vocales, des lancements de parades aux attractions phares.

L’Oriental Land Company, propriétaire de la destination s’est exprimée à ce sujet en déclarant : « Nous souhaitons que tous les visiteurs de toutes les identités de genre vivent une expérience agréable et confortable à Tokyo Disney Resort, et nous espérons que ce changement leur permettra de se sentir plus à l’aise lorsqu’ils visitent nos parcs. En considération de cet idéal et à la lumière de l’évolution des normes sociales, nous avons décidé d’effectuer ce changement. »

 

Célébrer les LGBTQIA+

Pendant des années, les communautés LGBTQIA+ (Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Trans, Queer, Intersexe et Asexuel·le ou Aromantique) ont pendant longtemps organisé leurs propres évènements non-officiels au sein des Parcs. Des journées pour se rassembler, partager et célébrer ensemble qui sont devenues de plus en plus populaires au fil du temps. A tel point qu’en 2019, Disneyland Paris a décidé d’organiser sa propre soirée officielle célébrant la diversité. Baptisée « Magical Pride », le mouvement est alors inédit pour le groupe qui n’a jamais pris pareille position aux Etats-Unis et encore moins en Asie.

Pourtant, ses concurrents US ont eux aussi pris position avec les évènements « Pride is Universal » pour Universal Studios Hollywood ou encore « Out on the Mountain » à Six Flags Magic Mountain. Disneyland et Walt Disney World proposent pour l’instant leurs produits dérivés à l’effigie de l’Arc en Ciel, symbole de la diversité sans jamais réellement mentionner les termes « Pride » ou LGBT ». Dans la branche média pourtant, Disney s’assume de plus en plus sur ces sujets. Parmi les exemples récents, on peut citer le court-métrage Pixar « Out » ou encore la série Luz à Osville mettant en scène un personnage bisexuel. En attendant de voir des personnages aux orientations sexuelles sortant du schéma classique dans les Parcs, la Walt Disney Company reste un allié de poids pour la communauté. Elle a été nommée en 2020 l’un des meilleurs endroits où travailler pour l’égalité des droits des LGBTQ et ce pour la 14ème fois consécutive par la fondation Human Rights Campaign.

 

De l’Autre Côté du Miroir : L’Inclusion pour les Employé(e)s

La Clé de l’Avenir des Parcs Disney

Chaque Cast Member des Parcs Disney est familier avec les Quatre Clés – Sécurité, Courtoisie, Spectacle et Efficacité – qui ont guidé l’approche du groupe en matière de service aux visiteurs depuis plus de 65 ans.

Pour renforcer le sentiment d’appartenance des Cast Members à leurs rôles et leur permettre d’être davantage eux-mêmes au quotidien, une 5ème Clé vient se greffer à cette tradition : celle de l’inclusion. Cette nouvelle Clé prend vie au travers des changements cités plus haut dans cet article mais pas seulement. Elle a aussi pour objectif de renforcer la représentation au sein de l’ensemble de l’organisation Disney par le biais d’outils et de programmes de mentorat et d’apprentissage et créer une prise de conscience.

Concernant les politiques qui régissent la façon dont les Cast Members se présentent au travail, une nouvelle approche offrant une plus grande souplesse a été éditée. Le nouveau guide du « Look Disney » autorise désormais davantage de formes d’expression personnelle que cela soit au travers des coiffures, des bijoux, des ongles et du choix de costumes qui tiennent compte du genre, ainsi que des tatouages visibles appropriés. Une évolution de taille pour permettre à chacun et chacune de mieux exprimer leurs cultures et leur individualité au travail.

Écoute active et apprentissage (Six Flags)

Disney n’est bien sûr pas la seule entreprise à prendre ses responsabilités dans ce domaine, Six Flags par exemple s’est également attaché à développer un véritable programme Diversité et Inclusion dans ses rangs. Un plan qui se concentre en 5 sujets clés :

  • L’Écoute avec la création d’un Conseil dédié pour faciliter les retours d’information et accélérer les améliorations possibles
  • La Formation avec des sessions pour identifier les préjugés inconscients et permettre des conversations ouvertes et honnêtes
  • L’Identification des biais inconscients qui a permis la mise à jour des politiques de présentation au travail, des politiques d’embauche et la révision de tous les noms de marque et d’attractions pouvant être offensants de quelque manière que ce soit.
  • L’Entraînement d’une équipe diverse qui représente la diversité du monde avec de nouveaux programmes de recrutement, de planification des ressources humaines et de gestion des talents.
  • L’Établissement de partenariats avec les communautés avec la collaboration de manière proactive avec des fournisseurs issus de minorités pour développer de nouvelles alliances à long terme.

Conclusion

En développant la diversité et l’inclusion au cœur même de leur business, les Parcs contribuent à faire avancer la société sur des sujets majeurs. Proposer un environnement où chacun et chacune, visiteur comme employé, se sente bienvenu est une notion essentielle de ce secteur source de joie depuis des décennies. Le monde change. En convergeant vers cette culture ouverte, c’est l’assurance pour les Parcs de continuer à inspirer positivement les futures générations au travers de ses personnages, attractions et spectacles pour encore de nombreuses décennies.

 

¹Zabeen Hirji, Diversity and Inclusion Report (2015)

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