Ce mardi 12 novembre, l’industrie des plateformes de SVOD a été complètement chamboulée avec les grands débuts d’un mastodonte du divertissement : Disney+. Inutile de rappeler que la plateforme propose à ses abonnés des milliers d’heures de contenus issues des catalogues Disney, Pixar, Marvel, Star Wars ou encore National Geographic. Parmi cette abondance de programmes aussi riches que variés, les fans de Parcs à Thèmes pourront se réjouir de découvrir une série-documentaire exclusive : The Imagineering Story. Réalisée par Leslie Iwerks (The Pixar Story), cette mini-série retrace en 6 épisodes l’Histoire et les histoires des Parcs Disney ainsi que de leur fameuse entité créative « Walt Disney Imagineering ». Un véritable hommage aux personnes (les Imagineers : contraction de « Imagination » et « engineers ») qui ont imaginé, dessiné, pensé, crée et construit ces lieux si particuliers où la magie prend vie, à commencer par l’homme par qui tout a commencé : Walt Disney !

Nous vous livrons notre avis sur les épisodes de « The Imagineering Story », de quoi vous donner envie avant le lancement officielle de la plateforme en France, le 31 mars 2020.

 

The Happiest Place On Earth (68m)

Réalisé par Leslie Iwerks / Sortie : 12 novembre 2019


Toutes les belles histoires commencent par « Il Était Une Fois » et celle de Walt Disney Imagineering ne déroge pas à la règle : ce premier épisode pose en effet les bases et le contexte de la genèse du projet Disneyland. Alors que les Studios Disney doivent faire face à des augmentations des coûts de production, Walt Disney décide de construire un lieu où enfants et parents pourraient alors tous s’amuser ensemble. Grand public oblige, l’épisode revient alors sur la fameuse réflexion de Walt Disney, observant ses filles s’amusant dans un carrousel, tout en grignotant des cacahuètes assis sur un banc.
Le documentaire dresse alors un portrait élogieux de l’homme derrière « l’usine à rêves », qui aura fait preuve d’un optimisme incroyable face à tous les obstacles et notamment l’image péjorative des « parcs d’attractions » à l’époque aux États-Unis.

Entre images d’archives, photos et interviews de grands noms de Walt Disney Imagineering (Marty Sklar, Tom Fitzgerald, Tony Baxter, etc..), ce 1er épisode retrace toutes les étapes de conception de Disneyland, et surtout explique comment Walt Disney a su s’entourer d’esprits créatifs pour mener à bien son projet ! Des profils et des visions complètement différents, travaillant tous dans la même direction pour bâtir le rêve d’une vie : « quand un mélange de personnalités hétéroclites forment une belle harmonie ». Bien que le ton de la narration est toujours unanime sur le génie de Walt Disney, certaines entrevues laissent supposer des tensions et même des joutes verbales au sein de l’entreprise. Il faut dire que le défi était de taille : transformer des champs de citronniers et d’orangers dans la banlieue lointaine de Los Angeles en un royaume de l’imaginaire en un temps record. Et surtout, satisfaire les attentes d’un patron impatient et jamais satisfait, cherchant chaque fois à  obtenir « l’insaisissable perfection ». Comment ? En continuant d’innover et d’imaginer, tout en redoublant d’efforts…


Après une rétrospective de l’année de construction durant laquelle les contretemps furent nombreux (intempéries, retards sur le chantier, dépenses multipliées par 3…), « The Imagineering Story » met en lumière la fameuse inauguration de Disneyland, le 17 juillet 1955, celle de la célèbre citation « To All Come to This Happy Place, Welcome! » suivie par près de 83 millions de téléspectateurs dans le monde. En réalité, pour les Cast Members (employés Disney) de l’époque, cette journée restera à jamais comme le « Black Sunday ». Ce jour-là, le rêve de Walt a bien failli se transformer en cauchemar, avec un parc pris d’assaut par des hordes de curieux et des falsifications à tout va de billets d’entrée (qui triplèrent la fréquentation).

Rajoutez à cela des pannes et problématiques techniques à répétitions (fuites au Mark Twain, sauts de fusibles dans Mr. Toad’s Wild Ride) ainsi que des distributeurs vides, et vous obtenez une vision réaliste des débuts de Disneyland. A noter également la célèbre anecdote des critiques de l’époque sur le manque de fontaines à eau à Disneyland (dû à des retards et des grèves de plombiers ayant contraint Walt a opté pour terminer en priorité les toilettes), accusant Walt Disney d’obliger les visiteurs à consommer du Coca-Cola.

Plus globalement, cette production met en lumière la capacité d’une entreprise comme Walt Disney Imagineering à toujours aller de l’avant et à innover et pouvoir être toujours marquant année après année (à l’image des multiples rénovations de Tomorrowland). Parmi les portraits marquants de Légendes Disney, nous retiendrons :
Bill Evans, le chef paysagiste de Disneyland ayant publié des petites annonces dans les journaux locaux pour récupérer les arbres de The Jungle Cruise et ainsi les mélanger aux orangers (en faisant retirer les fruits pour une immersive totale).

Bob Gurr qui après avoir conçu les voitures d’Autopia a dû redoubler d’effort pour créer le Monorail (le premier en Amérique du Nord) puis le Matterhorn Bobsleds (premières montagnes russes à structure métallique tubulaire), l’obligeant même à apprendre la trigonométrie. D’ailleurs, c’est cette dernière attraction qui nous offre dans cet épisode la véritable séquence émotion ! Lorsque Bob Gurr pénètre dans le « sanctuaire du Matterhorn » et lève le voile sur l’une des légendes les plus connues chez les fans Disney : le terrain de basket du Matterhorn. Là, des centaines de signatures de Cast Members couvrent les murs et Bob Gurr est même invité à (près de 55 ans plus tard) apposer lui aussi sa signature.

Si les plus fins connaisseurs de l’histoire des Parcs Disney n’y verront qu’une simple révision des grandes lignes de la naissance de Disneyland, le grand public appréciera découvrir ces personnages et l’importance de ces derniers dans l’avancée de l’industrie américaine.  Notamment lors de la partie consacrée à l’Exposition Universelle de New-York en 1964, que Walt Disney utilisera comme « laboratoire à ciel ouvert » en proposant des concepts d’attractions financées par des sponsors. Face au succès rencontré, la plupart de ces dernières s’exporteront vite en Californie, devenant par la suite de véritables icônes : « it’s a small world », A Great Moments with Mr. Lincoln, The Carousel of Progress, etc..

La suite de l’épisode est dédiée à un autre projet d’envergure mené par Walt Disney : Pirates of the Caribbean (qu’il ne verra pas de son vivant). Les artistes Claude Coats et Marc Davis ont collaboré pour imaginer et concevoir cette nouvelle aventure, mettant dans un premier temps le sens de l’anticipation humain a rude épreuve (scène calme du bayou). Derrière les dialogues savoureux des pirates, on retrouve Xavier Atencio (scénariste de Winnie l’Ourson et l’Arbre à Miel) ayant imaginé ce script comme une fête où les visiteurs intercepteraient des bribes de conversations.

Les années se suivent et se ressemblent pour l’Empire Disney : sur les 10 premières années, Disneyland attirera plus de 50 millions de visiteurs. Malgré tout, et avec le développement de la concurrence, et des copies plus modestes de certains concepts chez des parcs régionaux, un seul mot d’ordre : rester authentique ! C’est d’ailleurs Walt (encore lui) qui résume la recette en précisant qu’il faut avant tout donner le maximum aux visiteurs, tout faire pour garder le lieu propre et surtout garder le sourire ! Et toujours aller de l’avant, avec des projets toujours plus ambitieux : comme le fameux « Project X » de Walt Disney, ayant acheté un terrain de 11.000 hectares (l’équivalent de San Francisco) en Floride. Selon les dirigeants, un nouveau parc à thèmes n’est pas à l’ordre du jour : « Disney World Project » doit venir proposer une solution au problème d’urbanisme en réimaginant les réseaux de transports et la production d’énergie dans une ville à la limite de l’utopie. Mais ça, c’est une autre histoire…

L’épisode se conclut sur la fin de vie de Walt Disney et l’émotion encore palpable chez la plupart des personnes interrogées, soulignant à l’unisson que sa disparition aura énormément déstabilisée les équipes. Mais en l’honneur de leur regretté patron, ils n’avaient qu’une mission – continuer de créer, imaginer, rêver – puisqu’après tout : Disneyland ne sera jamais achevé tant qu’il restera dans ce monde une parcelle d’imagination !

What Would Walt Do ? (62m)

Réalisé par Leslie Iwerks / Sortie : 19 novembre 2019

Ce deuxième épisode est parfaitement résumé par son titre interrogatif, pouvant être traduit en « Que ferait Walt Disney ? ». En effet, ce dernier est dédié à la période compliquée qui a suivi le décès de Walt Disney (ndlr : le 15 décembre 1966). La direction de l’entreprise accusera le coup et sera déboussolée par la perte soudaine de l’iconique leader.

Poids de l’héritage oblige, les créatifs de WED Entreprises se poseront sans arrêt la question « Que ferait Walt Disney ? » plutôt que de vraiment réfléchir à ce qu’ils pouvaient imaginer et créer.

L’épisode montre le rôle clé qu’a eu Roy Disney, frère ainé du regretté dirigeant, avec notamment une prise de parole pour défendre les esprits créatifs devant les financiers en 1967.

C’est ainsi que les Imagineers vont ressortir des cartons un projet cher à Walt Disney : The Haunted Mansion. L’attraction avait d’ailleurs été présentée, quelques années auparavant dans l’émission « The Wonderful World of Disney », mais le développement avait été mis en pause avec les nombreux projets de l’Exposition Universelle de New-York.

Avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui, l’attraction a longtemps cherché son style et son modèle avec de nombreuses versions abandonnées : visite guidée, façade délabrée, musée de l’étrange…

Parmi les nombreux Imagineers ayant travaillé sur The Haunted Mansion, l’épisode s’attarde sur le portrait de 3 Imagineers : Rolly Crump, Yale Gracey (ayant conçu de nombreux effets spéciaux) et Leota Toombs… Un dernier nom qui a bien évidemment inspiré le nom d’un des personnages clés de The Haunted Mansion : Madame Leota !

Certaines illusions et autres tours sont mêmes révélées avec une jolie séquence au milieu de la salle de bal, afin d’expliquer le processus du « Pepper Ghost », toujours utilisé plus de 50 ans plus tard.

Puis, la série-documentaire nous emmène à l’Est des États-Unis pour s’attarder sur un autre projet d’ampleur : Walt Disney World ! Dans un premier temps, le projet d’E.P.C.O.T est mis de côté afin de prendre le moins de risque possible…

Roy Disney prendra alors cette mission très à coeur et commandera le navire contre vents et marées (terrains marécageux, constructions de canaux, digues, lignes téléphoniques…). L’enjeu : permettre à Walt Disney World d’être considéré comme une municipalité autonome, gérant toutes les activités sur son territoire.

Autre innovation de taille : la création d’un immense sous-terrain pour les Cast Members de près de 4 hectares sous le Magic Kingdom. Chaque jour, entre 10.000 et 15.000 employés utilisent ces allées, permettant de rejoindre leur location en costumes sans créer d’incohérence visuelle, ce qui avait le don d’agacer Walt Disney de son vivant. Encore aujourd’hui, ce tunnel sous-terrain continue d’intriguer les consciences collectives !

Un joli focus est également fait sur la filiale « MaPo », dédiée au développement d’audioanimatronics. Cette dernière sera alors fondée grâce aux bénéfices de Mary Poppins (expliquant ainsi son nom original) et aura un seul but : rendre toujours plus immersives les expériences des attractions !

Et si sur les 23 attractions de Walt Disney World à son ouverture on retrouve beaucoup de concepts importés de Californie, MaPo aura une importance toute particulière pour l’une des attractions inédites : Hall of Presidents. Il faudra alors ici animer non pas un Président (comme avec A Great Moments with Mr. Lincoln) mais bien 36 figures présidentielles, que Blaine Gibson réalisera en un temps record.

Le reportage revient ensuite sur l’ouverture de Walt Disney World, le 1er octobre 1971, qui restera comme un échec d’affluence : seulement 10.000 visiteurs viennent découvrir les 12.000 hectares de divertissement. Le début de la fin pour les Parcs Disney ? Il n’en est rien ! En réalité, les visiteurs ont eu tout simplement peur de l’affluence et des foules, et ont préféré décaler leur visite ultérieurement (ndlr: un peu comme ce qu’on constate aujourd’hui pour Star Wars: Galaxy’s Edge!).

Après s’être battu et avoir réussi à accomplir la promesse qu’il avait faite à son frère, Roy Disney décède quelques mois après l’ouverture du complexe.

S’ouvre alors une nouvelle ère pour l’entreprise : la première sous la direction de membres extérieurs à la famille Disney : Donn Tatum (un financier, petit protégé de Roy) et Card Walker (un des disciples de Walt, ayant commencé au service courrier).

Côté WED Entreprises, c’est John Hench qui prend les rênes créatifs et se met à la recherche de nouvelles idées.

Et sa première idée sera de développer un axe laissé de côté : les sensations fortes, où la concurrence fait rage (Knott’s Berry Farm, et Six Flags Magic Mountain). Walt en rêvait, John Hench l’a réalisé : le 1er grand huit indoor dédié à l’espace avec Space Mountain, qui ouvre ses portes en 1975.

WED Entreprises repart de l’avant et c’est naturellement que Card Walker relance un projet à l’optimisme ravageur dans un contexte délicat des années 70 (guerre du Vietnam, affaire du Watergate, crise pétrolière) : E.P.C.O.T !

Le projet communautaire est donc transformé en parc à thèmes, mais se veut instructif plus que divertissant. Marty Sklar, ayant commencé par rédiger des brèves dans la gazette de Main Street U.S.A. rédige alors le « Blue Book » expliquant la philosophie de l’Experimental Prototype Community Of Tomorrow.

La série met l’accent sur le caractère si particulier de ce nouveau parc, le premier sans un célèbre château. Les Imagineers ont alors mis tous leurs efforts pour concevoir un mix entre une exposition internationale (World Showcase) et une foire commerciale et technologique (Future World).

Le pari sera plutôt réussi avec des Pavillons permettant à Disney de montrer l’exemple en proposant ses propres alternatives vertes (toits de Hyacinthes servant de système de filtrage des égouts, centrale énergétique auto-sufffisante…).

L’épisode n’oublie pas d’évoquer à juste titre l’icône centrale d’EPCOT : Spaceship Earth, qui a nécessité plus de 26 mois de construction. L’attraction, pensée par Ray Bradbury comme une sorte de machine à remonter le temps, retracera alors l’évolution et l’histoire des moyens de communication.

Les plus cinéphiles apprécieront les explications et le focus fait sur les nombreux procédés cinématographiques utilisés à EPCOT : le Circarama, sorte de version améliorée du célèbre Cinérama (crée en 1952 au Pantages Theatre), puis la Circle-Vision, composée de 9 caméras 35 mm. Aujourd’hui encore, des productions Circle-Vision continuent de divertir chaque jour des milliers de visiteurs.

Si EPCOT propose de véritables innovations et offre un accès aux nouvelles technologies (écrans tactiles robots interactifs, fibre optique…), il n’oublie pas non plus une valeur importante propre à Walt Disney : l’Imagination, possédant son propre Pavillon et incarné par l’une des mascottes du Parc, Figment.

Après avoir traité du premier parc en dehors de la Californie, puis du premier parc sans château; l’épisode nous fait voyager en Asie pour la mise en développement du premier Parc Disney à l’étranger : Tokyo Disneyland !

Derrière ce projet fou : l’Oriental Land Company et l’homme d’affaires nippon Masatomo Takahashi. Et tout commence par un coup de téléphone, où pour décourager les japonais, les américains leur imposera de tout financer. Résultat : contre toute-attente, OLC acceptera et demandera à WED Entreprises son expertise ainsi que l’utilisation des propriétés intellectuelles.

Il faut dire que depuis la 2nde Guerre Mondiale, et une partie du territoire occupée par les américains, les Japonais se sont pris d’intérêt pour les films et l’univers Disney.

C’est ainsi qu’ouvre le 15 avril 1983 une copie quasi-conforme des Parcs Disney américains, summum de l’occidentalité recherchée. Les visiteurs découvrent alors un tunnel vers l’imaginaire (représenté par la zone « World Bazaar ») et une parenthèse légère dans une société où le monde du travail règne en maitre. Des débuts couronnés de succès avec une première année accueillant plus de 10 millions de visiteurs !

Quelle serait la prochaine étape pour WED Entreprises ? Continuer sur sa lancée ? Ouvrir immédiatement de nouveaux parcs ?

Au lieu de ça, les années qui vont suivre seront relativement difficiles, puisque Card Walker prendra sa retraite et laissera sa place à Ron Miller, beau-fils de Walt. Ce dernier préfèrera relancer le marché télévisuel (développement de Disney Channel) et mettra un coup d’arrêt aux projets de Parcs à Thèmes, jugeant que cette industrie dépense plus qu’elle ne rapporte.

L’épisode se conclut sur les risques éventuels d’une fermeture de Walt Disney Imagineering, qui dépendra du futur successeur à la tête de la maison mère…

Ce deuxième opus poursuit donc la formidable narration entamée, bien qu’un peu moins fort en émotions et en Légendes Disney.

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