15 novembre 1929, port du Havre. Mona Lisa, dite la Joconde. Le plus célèbre tableau du monde doit embarquer pour son unique traversée trans-atlantique. Elle est attendue au Metropolitan Museum de New-York. C’est l’occasion rêvée pour les voleurs de faire Main basse sur la Joconde !

Pendant 23 ans, c’est au Parc Astérix qu’a eu lieu le casse du siècle. Une bande de malfrats déchaînés, des policiers dépassés, un peintre en bâtiment médusé, des explosions, des cascades, le tout à un rythme effréné, telle est la recette de ce spectacle culte !

Malheureusement, à partir de 2019, aucune représentation n’a eu lieu. C’en est-il définitivement fini pour Main basse sur la Joconde ?

Plongeons-nous dans le MCU (Marcel Cinematic Universe) pour revoir ce qui a fait le succès de ce spectacle, découvrir quelques secrets, et discuter de son avenir…

Résumé de l’affaire

Dans une paisible ambiance maritime, avec en toile de fond le paquebot Sirius III, les visiteurs découvrent l’énigmatique Marcel venu retoucher la peinture de l’hôtel du port. Une brigade de quatre gendarmes se prépare également à proximité car, après quelques minutes, un convoi ferroviaire transportant une camionnette blindée « musée du Louvre » arrive !

Seulement, la paix est de courte durée. Dès l’arrêt du train, trois malfrats commencent à rôder autour de la marchandise : le vaniteux Voleur Masqué, la gracieuse Rat d’Hôtel, et l’explosif Ingénieur Fou. Les gendarmes prennent place dans la camionnette pour la conduire sur le quai, mais l’Ingénieur Fou y glisse une bombe qui la détruit quelques mètres plus loin. Les voleurs se jettent alors sur la caisse qu’elle transportait, l’action se fige, la Joconde se révèle !

C’est ensuite parti pour des escarmouches jusqu’à la fin du spectacle, chacun tentant de récupérer le tableau. Le pauvre Marcel est initialement abasourdi par la situation, mais la sournoise Rat d’Hôtel lui confie la Joconde. Il réalise alors la beauté de l’œuvre et fait tout pour la garder, contre la maréchaussée et les malfrats. On découvre sa force lorsqu’il détruit le bureau du port, il devient alors Super Marcel !

Les poursuites ont lieu sur le train, à pied, en voiture, à vélo, à moto, en tyrolienne, dans les gradins, sur les toits… Le Rat d’Hôtel utilise son charme, l’Ingénieur Fou ses recettes explosives, le Voleur Masqué ses rutilants véhicules, et Super Marcel sa vigueur. Le tableau passe de main en main, impossible de savoir qui va l’emporter. C’est dans une explosion finale naufrageant le paquebot que Super Marcel surgit avec la Joconde. Tous les autres jettent l’éponge, Marcel a gagné !

Une superproduction Parc Astérix

Après l’ouverture en fanfare d’Euro Disneyland en 1992 qui fit chuter de 30 % sa fréquentation, le Parc Astérix reconquiert progressivement son public en ouvrant de nouvelles attractions telles que Le Vol d’Icare en 1994 et Menhir Express en 1995. Le parc investit aussi beaucoup dans des spectacles, Les Mousquetaires arrivent ainsi en 1992 avec de vertigineuses cascades, et Les Stars de l’Empire en 1994 pour un music-hall aux arènes.

L’apothéose a lieu en 1996 avec la création de Main basse sur la Joconde, spectacle le plus ambitieux de l’histoire du Parc Astérix. 40 millions de francs (plus de 8 millions d’euros) sont investis dans la nouvelle salle de 2000 places avec 1500 m² de scène remplie d’effets spéciaux et d’imposants décors. Le plateau est également équipé d’une sonorisation particulièrement élaborée qui permet de diffuser les musiques originales et toutes sortes d’effets audio, pour par exemple simuler un hélicoptère survolant la salle en diagonale puis s’éloignant au loin vers l’arrière.

Le spectacle est scénarisé par Xavier Gassot, qui dirigeait déjà les créations précédentes du parc, et les cascades réglées par les Cascadeurs Associés, organisme habitué des spectacles de parcs, mais aussi du cinéma, télévision… Ainsi, Main basse sur la Joconde a reçu un style dans la lignée de l’atmosphère comique avec références historiques qui caractérise le parc, et des décors grandeur nature au réalisme abouti.

Tout cela a permis à la mise en scène d’être pensée dans les moindres détails. De nombreux décors d’apparence banals servent en réalité à l’action et aux cascades, et sont truffés d’effets spéciaux (bureau du port qui s’effondre, bateau qui coule, camionnette qui explose, etc.). La scène est également bien équipée pour permettre aux personnages de réaliser toutes sortes de déplacements imprévisibles. Par exemple, des passages souterrains relient les bouches d’égoût et autres issues. De plus, le regard du spectateur est toujours guidé vers ces surprises, de façon à ce qu’il ne les rate pas.

Beaucoup d’efforts sont aussi faits pour éviter de sortir de l’univers. Par exemple, avant le début du spectacle, la personne chargée de conduire le train doit se cacher dans un wagon mais est visible du public en s’y rendant, c’est pourquoi elle porte une cape et un képi de gendarme pour se fondre dans la patrouille qui entre en scène au même moment, alors que cette personne ne jouera pas un personnage.

L’investissement est là, le travail fait par les équipes du parc pour mettre en place ce grand spectacle est de qualité. Si tout semble y être pour que le succès soit au rendez-vous, nul n’aurait pu prédire que Main basse sur la Joconde allait devenir si incontournable.

23 années cultes

De 1996 à 2018, c’est pendant 23 saisons consécutives que le Parc Astérix a présenté Main basse sur la Joconde. Une longévité rare pour un spectacle de parc d’attractions ! En effet, le spectacle a eu la chance de bien vieillir, malgré des évolutions peu nombreuses après les premières années.

Le point sur lequel le spectacle a particulièrement excellé est le rythme. Une fois la représentation commencée, les cascades et gags s’enchaînent à une cadence très élevée. Difficile de s’ennuyer pendant la demi-heure de spectacle ! À chaque instant, chaque personnage a quelque chose à faire, même s’il n’est pas au centre de l’action. Ainsi, il n’est pas rare que des spectateurs fidèles remarquent des détails supplémentaires dans le jeu des comédiens, comme de subtiles facéties propres à la personnalité de chacun.

C’est justement dans ce genre de moment qu’on réalise le plaisir que prennent beaucoup des cascadeurs à participer au spectacle. Le ton étant avant tout comique, chacun y ajoute sa touche pour pleinement faire vivre les personnages fantasques, en rendant chaque représentation un peu différente.

Certaines évolutions ont même été apportées par les cascadeurs eux-mêmes. D’après Guillaume Cardon, qui a suivi le spectacle depuis ses débuts et créé le site le site mainbassesurlajoconde.fr (à retrouver aujourd’hui sur Facebook), et qui a pu en savoir plus sur les coulisses du spectacle, un acteur a par exemple mis en place la cascade du gendarme projeté contre un sac de farine après avoir été tracté par une moto, et d’autres ont créé l’amusante revue de la brigade en pré-spectacle. Cette dernière montre d’ailleurs que les acteurs apprécient se taquiner entre eux. Néanmoins, cela restait tout de même contrôlé par la direction artistique du parc.

Le Parc Astérix se démarque par un style unique de spectacles, directement inspiré de l’esprit des bandes dessinées de Goscinny et Uderzo, même quand le thème ne concerne pas les Gaulois. Main basse sur la Joconde ne déroge pas à la règle en mêlant action et comique physique. L’humour burlesque qui rappelle les cartoons et films du XXe siècle est particulièrement efficace. On peut par exemple trouver des similitudes avec le film Fantômas de 1964 avec Louis de Funès et des cascades à bord de divers véhicules. C’est d’ailleurs Fantômas qui devait originellement être le héros de Main basse sur la Joconde !

Au demeurant, les personnages sont très différents, mais leurs personnalités s’assemblent pour créer un mélange délirant unique. Même si Marcel est plus fort, on peut s’attacher à un autre protagoniste, ce qui permet aux enfants de débattre de leur personnage préféré à la sortie du spectacle !

L’objectif est simple : rendre le public heureux, sans superflu. Main basse sur la Joconde est un spectacle de cascades, mais ne se transforme pas en une démonstration de force pour autant. Ce n’est pas non plus une démonstration technologique avec des effets spéciaux inutiles. L’action n’est pas interrompue par des dialogues poussifs (ce qui rend en plus le tout très facilement compréhensible par les non francophones). Finalement, le spectacle ne perd pas de temps à se prendre au sérieux, ce qui libère l’écriture et les acteurs et autorise les exagérations, de façon à faire passer trente minutes haletantes et drôles au public.

Certes, Main basse sur la Joconde a ses défauts. L’interrogation principale concerne le thème sans rapport avec l’univers d’Astérix, mais c’est le cas de nombreuses autres créations du parc qui ne semblent pas déranger, comme l’événement d’Halloween Peur sur le Parc. Malgré tout, le Parc Astérix a eu entre ses mains une production d’une merveilleuse qualité, pouvant être visionnée plusieurs fois sans lassitude, et qui était toujours aussi drôle et divertissante après plus de 20 ans d’existence. Pour toutes ces raisons, de nombreux habitués de parcs d’attractions n’hésitent pas à décrire ce spectacle de cascades comme un des meilleurs au monde.

Quel avenir pour le spectacle ?

Le 2 septembre 2018 a eu lieu la dernière séance de Main basse sur la Joconde. Les gradins étaient complets, avec des fans qui avaient réussi à venir malgré la rumeur de la fermeture qui n’a circulé qu’à partir de la veille. Depuis, le Parc Astérix n’a jamais confirmé l’arrêt définitif du spectacle, ni son retour. Inutile de préciser que cette situation ne plaît pas vraiment aux fans, et que la pandémie de 2020 n’a pas aidé à clarifier les choses.

La salle est toujours utilisée l’hiver pour le spectacle sur glace Qui veut la peau du Père Noël ?, lors duquel les décors sont transformés en usine à jouets, et certains effets spéciaux sont réutilisés. En 2020, le producteur de télévision Arthur a également été séduit par le décor, qu’il qualifie humblement de « plus grand décor de l’histoire de la télévision ». Il y tourne sa nouvelle émission District Z, un jeu mettant en scène zombies et célébrités, présenté par Denis Brogniart et diffusé sur TF1 en décembre 2020.

Il est donc difficile de voir où le Parc Astérix veut en venir avec cet espace toujours intact. Pendant que le parc est obligé de refuser des visiteurs car il est de plus en plus souvent complet les week-ends et jours fériés, sa plus grande salle couverte reste vide. Les grands spectacles peuvent aussi remplir les journées des familles, que le parc cherche à faire rester deux jours avec un programme d’extension hôtelière qui vient de s’achever.

Enfin, les spectacles vivants sont complémentaires aux attractions, mais donnent le ton du parc, pour créer une vraie ambiance et une identité forte. Les créations qui rivalisent avec les plus grands sont rares au Parc Astérix, et on peut se demander si on reverra un jour un spectacle d’une telle envergure.

Quoi qu’il en soit, les équipes qui ont créé et fait vivre Main basse sur la Joconde peuvent être fières de leur travail. À chaque séance, les rires se faisaient entendre devant les gags cartoonesques. À chaque séance, des sursauts étaient provoqués par les explosions. À chaque séance, la victoire de Marcel était acclamée.

Le casse du siècle n’aura peut-être plus lieu, mais son style unique aura marqué petits et grands pendant 23 ans, tous ensorcelés par cette sacrée Joconde !

Contenu supplémentaire, pour les fans du spectacle :

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